réponse à mon prof

ce soir, un article en réponse à mon prof', dont vous pouvez lire le questionnement sur son blog. j'ai adoré et détesté ce texte, et comme les commentaires sont désactivés, et comme c'est pile poil un sujet qui m'interpelle, j'en profite pour tapoter...

j'ai adoré car le texte est simple et beau.
j'ai détesté car aucun humain ne devrait se poser ce genre de question.

Que faire? Accepter malgré tout, et puis on verra après? Se débrouiller et rater?
Rater dans de telles circonstances est-il permis?
Dans cette situation, le plus sage n’est-il pas de désobéir?
Je n’ai pas de réponses. Et vous?

vous, je sais pas, mais moi, je vais tenter...

depuis le début du confinement, je me concentre sur ma famille et sur quelques projets positifs comme les cahiers ou Emmabuntüs car je sais bien quels effets pervers se cachent derrière cette apparente tranquillité.
j'ai pu me tenir à l'écart jusqu'à hier, lorsque je suis tombé sur l'article de thuban et sur cette dernière question si puissante dans chacun de ses mots :

Dans cette situation, le plus sage n’est-il pas de désobéir ?

dans cette situation : le gars comprend qu'on est dans une certaine situation qui demande une réflexion différente, plus profonde.

le plus sage : le gars ne parle pas de ce qu'il souhaite, ou de ce qu'il veut, ni même de ce dont il a besoin... il parle de ce qui serait le plus sage...

n'est-il pas : le gars pose réellement la question, il n'exprime pas simplement un doute ou une idée, non, il (se) pose la question.

de désobéir : cela suppose une obéissance préalable. les enfants doivent obéir au début pour apprendre sinon ils pourraient se blesser ces couillons ! mais les adultes, depuis quand un humain doit "obéir" ?

ces questions, nous nous les sommes posées avec ma femme il y a des années, quand nous avons quitté notre "vie normale" pour nous consacrer à nos enfants. à l'époque, j'étais responsable d'un bar-restaurant ouvert en saison du côté de montpellier, ma femme travaillait avec moi, et notre premier fils venait d'apprendre à marcher. j'étais nourri (forcément, dans un resto'), logé car j'avais retapé une grande baraque sur le terrain et blanchi grâce aux "frais de représentation"... et en plus, j'étais payé 1300 € net/mois. une vie normale pour nous à ce moment mais surtout, une vie de rêve pour toutes les personnes qui sont venues boire un coup dans mon bar.

notre avenir était tout tracé, tout propre et nos enfants (oui, on prévoyait déjà d'en avoir tout plein :p) allaient grandir dans ce semi-luxe en allant à l'école pendant que papa et maman iraient au travail "comme tout le monde". et puis comme je bossais dans le tourisme, bah les enfants auraient certainement fait comme moi à l'adolescence, dans un bar, tout l'été avec tous les potes .... ah mais non en fait... pas des potes ... des clients. :-s

et on a compris que nos enfants allaient être les enfants du comptoir, sans amis mais avec des tonnes de gens qui te sourient pour un verre gratis, qui te draguent pour se vanter en rentrant chez eux, qui te réveillent à n'importe quelle heure car tu es "là pour ça"...

et puis nos enfants à l'école, éduqués dans la compétition, la comparaison, avec peu de chance de rencontrer un prof passionné, et même... aurait-il les moyens de délivrer sa passion ?

une boule de pétanque en plein milieu de notre jardin, à l'endroit où mon fils jouait d'habitude, fut la surprise de trop. je vous passe les détails du départ et de tous les discours décourageant de toutes nos connaissances (sauf une, merci dyp) qui nous ont assuré de notre défaite et de notre retour sous peu. car oui... comment auraient-ils pu imaginer que notre rêve, c'était leur vie, une vie simple, sans argent, sans pression, à suivre le rythme de nos enfants, car nous voulions être Parents.

ils ne pouvaient pas l'imaginer car ils ne l'avaient pas choisi.
et c'est exactement ce que le confinement est en train de faire : il oblige les humains à faire des choix. il oblige les parents à se retrouver confinés avec leurs enfants, alors que ce n'était absolument pas leur plan de départ, ce n'était pas le contrat. car oui, même si je déteste cette phrase de mon père, elle est tellement parlante ces jours-ci :

beaucoup de gens veulent avoir des enfants, mais peu d'entre eux veulent vivre avec...

je la déteste car elle n'est ni gentille ni méchante, elle est simplement exacte. et ce n'est pas un reproche de ma part à tous les parents qui ont décidé d'avoir une carrière ou un métier satisfaisant ou non.
c'est simplement un fait évident : la société, notre éducation, le monde entier nous pousse à être des adultes épanouis, recherchant la réussite individuelle, donnant le maximum à nos enfants. et tout donner à ses enfants, c'est leur faire profiter des bienfaits de notre société si moderne et florissante... c'est bien ce qu'on nous dicte, ce qu'on nous glisse à l'oreille depuis notre plus tendre enfance non ? "faire le maximum pour ses enfants", c'est leur acheter plein de trucs, les envoyer en vacances à l'autre bout du monde, leur payer le dernier smartphone, les habiller "classe"...

mais pour faire tout ça, pour réussir à être un parent idéal aux yeux de la société, il faut travailler, et donc, il faut s'éloigner de ses enfants et c'est d'ailleurs le sens de tous ces proverbes bien ancrés... "l'oiseau doit quitter le nid", "les voyages forment la jeunesse", "l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt", "il faut couper le cordon"... bref... tout pour nous séparer les uns des autres et ainsi, ne jamais apprendre de nos parents.

alors si d'un seul coup, on oblige toutes ces personnes à vivre comme ma famille, bah ils sont dans une "certaine situation" qui les pousse forcément à se questionner... et quand on ne trouve pas les bonnes questions, les mauvaises réponses arrivent vite et le doute, l'angoisse, la peur viennent se joindre à la fête dans les tronches des humains.

et pour ne rien arranger, le gouvernement décide maintenant un déconfinement, une réouverture des écoles, forçant ainsi les parents à choisir entre leur travail et leurs enfants.

le pire est que les parents se posent réellement la question !

dans quel monde vit-on quand ce genre de question devient légitime ?? où sommes-nous pour que des humains bienveillants en viennent à douter de la priorité de la vie sur le profit, de la santé sur le travail, de l'amour sur l'argent ??

je maudis les gouvernants, les puissants et un système qui met les humains dans cette situation.
mais c'est dans ce système que je vis, que j'élève mes enfants, que j'aime ma femme, que j'aide mes amis comme je peux, que je contribue quand j'ai le temps, bref.... ce monde qui me fait mal est le mien. c'est aussi celui de mes enfants, et surtout, c'est celui de toutes et tous.

mouais.... ça veut rien dire ces conneries

bah clair... faut pousser un peu et se poser les bonnes questions, les questions du genre

Dans cette situation, le plus sage n’est-il pas de désobéir ?

en bon anarchiste, je vous dirais direct ... "si, il faut désobéir" ... mais j'occulterais alors une partie de la question... "le plus sage" ;-) alors je vais tenter d'être sage, pour une fois.

pour faire preuve de sagesse, il faut en premier faire preuve de lucidité car aucune décision émotionnelle, ou à l'inverse purement pragmatique, ne pourrait résoudre le problème qui nous occupe.
donc soyons lucide : changer radicalement de mode de vie pour tout le monde est une connerie aussi énorme que le système dans lequel on est... on voit bien en ce moment que forcer tout le monde à vivre comme notre famille est une mauvaise idée :D.
la "bascule", le "changement de monde" dont parle certains avec un air grave ou ahuri n'arrivera certainement pas.
"la même chose, en un peu pire" comme a dit Houellebecq, je n'y crois pas non plus.

en fait, je refuse de me soumettre à ce choix polaire si occidental et si réducteur face aux multiples possibilités qui s'offrent à nous.

ce temps de confinement devrait permettre aux humains d'être honnêtes envers eux-même. certains découvriront que leur travail ne leur manque pas tant que ça, qu'aucun collègue n'a pris de nouvelles, que les voisins les surveillent par la fenêtre... bref...que leur vie n'est pas top en fait.. et que ce serait une bonne idée d'en changer.

d'autres au contraire, seront en manque de travail car leur activité les rendaient heureux tout simplement, et que ce bonheur, ils pouvaient le diffuser au sein de leur famille, rendant ainsi tout le monde un peu plus heureux. 8-)

j'espère que si vous en êtes arrivés à ces lignes, vous comprenez bien que je n'oserais en aucun cas juger un parent pour ces choix, pour sa vie, pour ses expériences. nous sommes tous des bébés humains avec des bébés plus petits dont nous sommes responsables et que nous aimons. mais maintenant, dans cette situation si particulière, il va falloir être un peu adulte, et se préoccuper de nos enfants.

pas comme dans les discours écolos genre "la planète appartient aux générations futures"... non non... on ne parle pas des générations futures là. je vous parle de nos mômes, nos gosses, nos chiards, nos amours !

alors au lieu de se demander si oui ou non on doit aller travailler, il faut être lucide.
puis-je ne pas aller travailler ? qu'est-ce-que ça veut dire réellement ? moins d'argent ? plus de temps ?
si c'est juste ça, franchement, prenez le temps d'y réfléchir
si réellement vous ne pouvez pas matériellement faire autrement, alors faites ce que vous apprenez à vos enfants : patientez et préparez le terrain pour après ! c'est pas ça l'éducation nationale ? tu patientes en apprenant 3 ou 4 trucs jusqu'au moment où tu peux enfin "vivre ta vie"... et tu prépares le coup en faisant des études, en apprenant un métier.
bah voilà... c'est pas plus compliqué. j'ai pas dit que c'était facile.

et plus particulièrement, à toi mon prof', je dirais très sérieusement que tu es la clé de tous les possibles... désolé de te coller cette "pression" mais...
imagines un monde dans lequel les profs vont tous voir leur maire en refusant de reprendre les cours.
imagines les maires obligés de ne pas ouvrir les écoles fautes de profs.
alors cette question qui te taraude et qui ne pèse que sur tes épaules en ce moment, alors cette question se posera pour tous les parents.
et même si je crois que pas mal d'entre eux seront soit forcés, soit ravis de reprendre le travail, il ne faudra pas longtemps avant que ça change, surtout si quelques enfants sont contaminés, non pas par la faute des profs, mais bien par celle du gouvernement qui incite très fortement, avec le grand soutien de nos entreprises, les humais à ne plus l'être.

c'est une décision qui t'appartient, et je ne réponds pas vraiment puisque moi aussi, je pose une question.
j'espère simplement que ma "réponse" t'aidera pour la tienne, courage mon ami.

avec tout mon respect.

++
arp

not every day...

arpinux aka arnault, anarchiste, çadépendiste, humain par défaut
rédacteur principal d'at[h]ome et des cahiers du débutant
pour fouiner, c'est par ici , pour discuter c'est par là.

5 commentaires

#1  - prx a dit :

Merci l'ami.
Les mots sont réconfortants. Savoir que l'on peut réfléchir ainsi m'apaise.
Je n'ai pas encore pris ma décision. J'ai lu des propos de collègues si navrant que j'ai du mal à laisser mes élèves entre leurs mains.

En attendant, j'essaie de m'assurer que les parents qui choisissent de renvoyer leurs enfants savent bien ce qui les attends exactement... Moi, je n'y enverrai pas le mien.

Je lis aussi beaucoup de discours culpabilisateurs.
Mais pas le tien.
Ça fait du bien
Encore, merci !

répondre
#2  - arpi a dit :

donc je rajoute ....
je maudis aussi les culpabilisateurs (même si le mot n'éxiste pas) !

répondre
#3  - simpledesprit a dit :

Bonsoir Arnault,
Je ne vais pas et je ne peux pas réagir précisément à ton article car il s'inscrit dans un dialogue en fait. J'en saisi néanmoins l'orientation et la révolte sous-jacente. Oui ce gouvernement en France et plus largement le système capitaliste qui gouverne la planète, contraignent les plus démunis à faire des choix inhumains qui engagent immédiatement la vie, c'est à dire à faire de potentiels choix de sacrifice humain pour parler clair. Ne parlons plus de crise sanitaire mais plutôt de barbarie "sanitaire".
Ceci étant dit, je voudrais surtout profiter de l'occasion pour offrir un témoignage sur le dé-confinement de la prime enfance qui n'a pas de place en crèche et qui nécessite le recours aux assistantes maternelles.
Mon ex-compagne qui est aussi la mère de mes deux filles (24 et 26 ans pour elles, nous, nous ne sommes plus très jeunes), est assistante maternelle exerçant en crèche familiale dans la banlieue sud de Paris (petite couronne). Chômage partiel depuis deux mois bien sûr.
C'est fou! Dé-confinement des tout-petits oblige, la directrice de la crèche familiale et la Maire (PCF) veulent imposer un protocole sanitaire infernal aux assistantes maternelles. Désinfection permanente, extrêmement détaillée et répétitive, cela on peut l'imaginer (encore que, pendant presque 10 heures d'affilées tout en prenant garde à la sécurité "ordinaire"?), mais aussi contrôle des membres de la famille occupant le logement qui doivent rester cloisonnés dans leurs chambres hormis pour leurs besoins essentiels (hygiène corporel et repas). Même la présence d'un éventuel conjoint est en question.
Le protocole fait six pages et doit être présenté et expliqué au domicile des assistantes maternelles , et ensuite probablement accepté et signé... sous peine? Mon ex n'est pas docile soit dit en passant.
Le plus petit con élu et/ou avec un peu de pouvoir se laisse pousser les dents! Barbarie "représentative"!
Pour ma part j'ai vécu le confinement entre une extrême colère et le besoin de m'extraire, de m'extirper de ce merdier (bricolages Linux de bas niveau).
Faut expliquer : 42 jours de grèves au métro comme conducteur juste avant de prendre ma retraite, je respire un mois et on me colle en résidence surveillée. Je commence à vieillir et à être sage... mais faut pas pousser ;)

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#4  - arpi a dit :

je répondais à 'mon prof' mais oui, le capitalisme et le libéralisme (quel magnifique choix de mot pour un mal si évident et sans aucun doute si peu 'libre') sont les sources de plus grands maux de nos sociétés humaines.

le vote est l'abandon de la responsabilité individuelle quand ces représentants élus ne sont pas comptables de leurs décisions. notre constitution et nos lois, même si elles semblent plus 'justes' que dans d'autres pays, n'en restent pas moins totalement inefficaces face à la corruption, aux mensonges et aux fausses promesses.
le pouvoir est offert à celles et ceux qui le veulent, et rarement pour le bien commun... surtout pour le confort de certains.
légalement, de moins en moins d'opportunités sont laissées à la contestation du pouvoir en place. il ne nous reste, pour l'instant, que la rue pour parler... et encore, pour parler mais pas trop fort, au risque de ne plus voir, au risque de ne plus entendre, au risque de ne plus vivre.

quand un élu ne risque rien à mentir pendant qu'un citoyen risque tout à dire la vérité, alors le système entier est à revoir.

je souhaite bien sûr une issue pacifique car c'est ma conviction, mais comme tu le dis si bien... même si je commence moi aussi à vieillir et à être sage... faut pas pousser !

merci pour ton témoignage.

répondre
#5  - simpledesprit a dit :

Ce n'est pas fini, je n'oublie pas :
https://www.youtube.com/watch?v=rpul1iG5NHA
https://www.youtube.com/watch?v=vg2ekHprYzs
https://www.youtube.com/watch?v=_1GSOMo2NWU

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